—Le souffrirais-je moi-même? Voilà donc la raison pour laquelle votre présence m'offense … Mais je vous attriste avec ce mot si dur, passons. J'ai dit que vous me perdiez.

—Je vous défie de me le prouver….

—Facilement. Mon père m'a juré, si je vous écoutais, ou si vous me poursuiviez, de me jeter dans un couvent ou, ce qui pis est, de me marier.

Le roi fit un mouvement.

—Il faudrait voir, s'écria-t-il.

—Un père n'a pas besoin de la permission du roi pour marier sa fille.
Mariée, je suis perdue et mourrai de chagrin.

Henri se mit à deux genoux, suppliant:

—Ne me dites pas de ces paroles sinistres, ma Gabrielle, vous perdue, vous mourante!

—Par votre faute.

—Me croyez-vous donc si faible et si timide, que je ne puisse, malgré un père, malgré le monde entier, sauver du désespoir la femme que j'aime, et seriez-vous assez faible vous-même, assez cruelle, cependant, pour vous abandonner à un autre quand vous m'avez repoussé, moi, votre ami et votre roi? Ayez de la volonté pour moi, Gabrielle, et j'aurai de la force pour nous deux! Ce n'est pas moi qui vous perds, c'est vous-même! Aidez-vous, je vous aiderai! Quant à vous reprendre, qu'on y vienne, lorsque je vous aurai prise! Vous le voyez donc, Gabrielle, c'est de vous seule que vous dépendez. C'est à vous seule qu'il faudra rapporter les malheurs que vous voyez dans l'avenir. Si vous m'aimiez, vous auriez plus de courage.