—Contre vos soldats.
—Je n'ai point ici de soldats, dit M. de Rosny, blessé du ton hautain d'un pareil personnage.
—Alors, ce n'est point à vous que j'ai affaire. Indiquez-moi le chef de ceux-ci.
Il désignait les gardes frémissant de colère.
—Monsieur de la Ramée, reprit froidement Rosny, vous parlez trop haut, et si vous êtes gentilhomme, comme vous dites, vous êtes un gentilhomme mal élevé; ceux-ci sont des gens qui vous valent, et que je vous engage à traiter plus courtoisement. Je vous eusse déjà laissé vous en expliquer avec eux, si vous ne paraissiez venir ici pour faire des réclamations. Or, en l'absence de M. de Crillon, j'y commande, ici, et je suis disposé à vous faire justice malgré vos façons. Ainsi, du calme, de la politesse, de la clarté dans vos récits, et abrégeons!
Le jeune homme mordit ses lèvres, fronça les sourcils, crispa les poings, mais subjugué par le sang-froid et la vigueur de Rosny, dont pas un muscle n'avait tressailli, dont le coup d'oeil incisif l'avait blessé comme une pointe d'épée, il respira, recueillit ses idées et dit:
—A la bonne heure! J'habite avec ma famille le château que vous apercevez au bas de la colline, dans ces arbres à droite. Mon père est au lit, blessé.
—Blessé? interrompit Rosny. Est-ce un soldat du roi?
Le jeune homme rougit à cette question.
—Non, dit-il d'un air embarrassé.