—Mais Denis….
—Denis se taira, dit Gratienne.
Denis regardait ébahi, ahuri, sans comprendre.
—J'apporte à mademoiselle de mauvaises nouvelles du marquis de Coeuvres, lui dit tout bas le roi, et il faut les cacher au pauvre père.
—Encore un événement, c'est le jour! s'écria Denis. Pauvre M. de
Coeuvres!… Oh! oui, ne disons rien au père.
—Maintenant, passe vite Mlle d'Estrées pour que son père ne s'impatiente pas.
—A l'instant, dit le meunier, qui se jeta dans le batelet où déjà
Gabrielle et Gratienne avaient sauté.
Tandis qu'il démarrait, le roi appuya son doigt sur ses lèvres, et
Gabrielle en réponse mit une main sur son coeur. Le bateau s'éloigna.
Henri, caché dans l'ombre, le suivit des yeux et de l'âme.
Comme le roi l'avait prévu, M. d'Estrées, aussitôt qu'il eut près de lui sa fille, ne demanda pas de passer au moulin. Henri les entendit échanger de ces questions et de ces réponses, au bout desquelles il y a toujours victoire pour la femme qu'il n'est plus temps de surprendre. Puis le groupa s'éloigna et entra dans la maison de la Chaussée.
—Il serait trop tard pour aller au couvent des Génovéfains, pensa Henri; je coucherai au moulin, et demain j'irai savoir pourquoi Crillon escortait avec un garde ce jeune homme blessé; un jeune homme blond … Serait-ce le comte d'Auvergne, qui est roux? Cet honnête Denis peut bien avoir confondu les nuances. Il faut absolument que je sache à quoi m'en tenir. Je saurai surtout pourquoi mon Crillon a du chagrin.