—Voici le troisième, dit la Ramée, et c'est le plus coupable. C'est celui-là qui a pris les tisons au feu; regardez ses mains, elles sentent la fumée.
—Vous ne supposez pas, interrompit le capitaine, que vos preuves nous satisfassent?
—Qu'on amène ces hommes au château alors, et qu'on les confronte avec mes gens.
—Inutile, s'écria Pontis, inutile, en vérité, c'est humiliant de rougir ou de pâlir devant un pareil accusateur. Depuis dix minutes tout le corps des gardes se laisse insulter par ce drôle, pour quelques volailles et un râble de lapin; c'est humiliant.
—Qu'est-ce à dire? demanda Rosny, et que concluez-vous?
—Je conclus que c'est moi qui suis allé au château, puisque château il y a, une vraie bicoque. Je croyais avoir affaire à de bons serviteurs du roi, et demander place à la table, ce qui se fait partout, entre bons gentilshommes qui voyagent. Je dis plus, en Dauphiné, chez moi, un châtelain court au-devant des hôtes et les amène de force à son foyer. Mais puisqu'ici nous sommes en présence d'un mauvais Français, d'un Espagnol, d'un ladre, sambioux! et que la trêve nous lie les mains, supportons-en les conséquences. C'est donc moi qui, refusé par les gens de monsieur, ai cru devoir me procurer des vivres.
—Acheter, s'écria Vernetel, acheter!
—Oui, acheter, dit Castillon, nous avons acheté.
—Vous mentez! répliqua la Ramée d'une voix courroucée.
—J'ai jeté une pièce d'argent dans la cuisine, balbutia Castillon.