M. d'Estrées aimait cette charmante fille, et redoutait précisément de lui paraître un tyran. Mais la faiblesse paternelle luttait en ce moment contre une impérieuse nécessité de se montrer surveillant sévère: cette nécessité l'emporta.

—Vous voulez me forcer à vous parler du roi, dit-il, et je le sens bien; mais comme je découvre chaque jour que pour parler du roi, ou même pour parler avec lui, vous n'avez aucun besoin de votre père, il est inutile que je me fasse votre interprète ou que je vous apporte les nouvelles. Vous les apprendrez bien sans moi.

Gabrielle rougit.

—Monsieur, murmura-t-elle, voila encore vos soupçons.

—Osez me dire que vous n'étiez pas avec le roi au moulin, quand je vous ai tant appelée du bord de l'eau?

Gabrielle devint pourpre et baissa la tète.

—Si vous aviez du moins la pudeur de mentir.

—Eh! monsieur, refuse-t-on d'entendre un roi qui parle? Chasse-t-on un roi qui vous rencontre?

—On fait tout pour obéir à son père, mademoiselle. Le père est au-dessus du roi.

—D'accord, monsieur. Je ne l'ai jamais contesté. Je ne crois pas vous avoir jamais prouvé que je fusse mauvaise fille et désobéissante.