—Je sais à quoi m'en tenir à cet égard. Au temps où nous vivons, beaucoup d'époux et de pères font aussi bon marché de l'honneur de leurs familles que les filles et les femmes, pour peu que le galant soit riche et titré. Un roi, c'est la fleur des galants, n'est-ce pas? même lorsqu'il est marié, même lorsqu'il est fameux par ses aventures, même lorsqu'il grisonne? Eh bien, mademoiselle, que le roi vous agrée ainsi, je m'en soucie peu. Je ne suis pas le père de Marie Touchet, moi, je ne suis pas un complaisant, et vous l'éprouverez: que dis-je? vous l'éprouvez déjà.

Gabrielle regarda son père avec des yeux pleins de larmes.

—Pour un bon serviteur du roi, dit-elle, vous traitez mal Sa Majesté.

—Il y a en moi un père et un sujet. Le père est libre de juger la prud'homie du prince qui menace l'honneur de sa fille. Quant au sujet, il est dévoué, il est fidèle.

Gabrielle secoua sa tête charmante.

—Beau dévouement, murmura-t-elle, qui se cache au jour du danger! belle fidélité qui déserte la maison où peut-être un roi fugitif eût trouvé son plus sûr asile!

M. d'Estrées commençait à s'irriter. L'oeil brillant, la main tremblante:

—Je vous trouve hardie, s'écria-t-il, de blâmer votre père en ses desseins.

—Mon père ne m'avait pas accoutumée à traiter le roi comme un ennemi.

—Il fallait m'obéir quand je vous ai défendu de le recevoir.