—Il fallait que vous eussiez le courage de chasser le roi quand il nous a fait l'honneur de sa visite.

—Peut-être aurai-je ce courage plus tard. Mais pour n'avoir pas besoin de recourir à de pareilles extrémités, j'ai pris mes mesures.

—Nous nous cachons dans un couvent d'hommes!

—J'irai, moi, mademoiselle, prendre place aux côtés du roi, s'il y a bataille. Mais au moins le surveillerai-je en le défendant. Et tandis que nous sommes en paix, je défends mon honneur contre ce roi lui-même. J'amène ma fille en un couvent, d'où elle ne sortira….

—Que le roi mort, peut-être, dit Gabrielle essuyant ses larmes.

—Que mariée! s'écria M. d'Estrées, en observant la portée du coup sur sa malheureuse fille.

Le coup fut terrible, Gabrielle se leva comme si elle eût été frappée au coeur.

—Mariée … balbutia-t-elle, est-ce possible!

—C'est certain. Votre mari se défendra du roi comme il pourra. Si vous le secondez, tant mieux pour lui; s'il vous abandonne, cela le regarde.

—Oh! monsieur, dit Gabrielle en s'approchant les mains jointes de son père, qui arpentait la chambre à grands pas, aurez-vous cette cruauté de sacrifier votre fille. Me marier! mais je n'aime personne.