—Je trouve cela très-aimable et très-prudent, dit Espérance d'un ton sec. Cette demoiselle sait que je suis blessé, que je ne puis me remuer. Et puis elle ne veut pas qu'une lettre indiscrète promène ainsi sa confidence. Eh mais! s'écria-t-il tout à coup, je ne sais vraiment pourquoi je m'évertue à défendre cette demoiselle. Elle n'en a pas besoin. Qui t'a donné rendez-vous? Est-ce elle? Si tu trouves la démarche inconsidérée, à qui la faute? N'est-ce pas la suivante qui t'a parlé? Cette invention est de la camériste… N'est-ce pas la camériste qui viendra? Quelle nature sévère, bon Dieu!
—Voilà que j'ai tort, murmura Pontis; allons j'ai tort.
Ils passèrent la journée à essayer les forces d'Espérance, soit dans la chambre, soit devant la maison, sous les orangers en fleurs. L'expérience fut heureuse. S'asseyant à chaque instant, humant l'air à longs traits, donnant quelques minutes au sommeil quand les forces s'épuisaient trop vite, ils atteignirent ainsi la soirée. Le mal de tête inséparable des premiers efforts du convalescent avait à peu près disparu. Espérance se sentit assez frais et robuste pour s'étendre sur deux chaises devant la fenêtre, au lieu de reprendre le lit.
Quand l'obscurité fut assez profonde pour que tous les détails se fussent éteints, soit dans le parterre soit dans les bâtiments, les deux amis attendirent paisiblement auprès de leur lampe, sur laquelle venaient tourbillonner les mouches de nuit et les papillons roux.
Il leur sembla entendre un pas léger dans l'allée voisine; ce pas s'approcha rapidement, et Pontis dit tout bas à Espérance:
—La voici.
Gratienne accourait en effet, se glissant derrière les arbustes. Elle arriva devant la fenêtre et dit d'une voix presque fâchée:
-Mais, si vous avez de la lumière, mademoiselle ne pourra pas approcher.
—Mademoiselle! s'écria Pontis. Elle est donc là?
—Tenez, entre ces deux caisses.