Gabrielle cacha son visage dans ses mains. Espérance eût donné beaucoup pour voir si les traits étaient aussi doux que la voix.
—Je voulais vous instruire, dit-il, de l'espionnage qu'une certaine personne dirige contre vous.
Et en peu de mots il conta ce qu'il savait à Gabrielle: il énuméra les dangers qu'il avait entrevus. Elle l'interrompit.
—Oui, dit-elle avec précipitation, oui, ce sont des dangers, mais j'en cours bien d'autres encore, et de bien plus terribles. Ce mariage dont mon père m'a menacée, ce n'est plus dans quinze jours, dans huit jours que M. d'Estrées veut me l'imposer, c'est tout de suite!
Gabrielle, en prononçant ces paroles, fut prise d'un tremblement nerveux, et suffoquée par les larmes.
—Du courage! mademoiselle, s'écria Espérance, ne pleurez pas ainsi, vous me déchirez le coeur. Vous disiez tout à l'heure que mon secours pourrait vous sauver. Comment? Quand? Quel secours? Parlez, ne pleurez pas.
La jeune fille, s'approchant à son tour, s'assit ou plutôt se pencha sur l'appui de la fenêtre, et joignant les mains:
—Promettez-moi de m'écouter favorablement, dit-elle avec véhémence, sinon je suis perdue, car tout m'abandonne et me trahit.
—Oh! de toute mon âme. Mais qui donc vous trahit?
—Jugez-en. Mon père m'a déclaré aujourd'hui qu'il avait tout préparé pour mon mariage. Éperdue, j'ai couru consulter mon vieil ami dom Modeste, le prieur, assisté de l'excellent frère Robert, qui a tant de fois été ma providence. Je leur ai expliqué ma triste situation. J'espérais en eux; ils ont tant de pouvoir sur l'esprit de M. d'Estrées!