—Eh bien! mademoiselle?

—Ils m'ont abandonnée! Ils m'ont déclaré qu'ils n'iraient jamais contre la volonté d'un père! J'ai eu beau prier, supplier, ils sont demeurés inflexibles. Alors, le désespoir m'a inspiré de venir vous trouver, vous, monsieur, protecteur inconnu qui ce matin m'aviez fait donner un avis par Gratienne. J'ai su que vous êtes gentilhomme, que vous êtes garde du roi.

—Pas moi, mon ami, interrompit Espérance.

—N'importe, j'ai su que vous étiez ami de M. de Crillon, le plus loyal et le plus généreux chevalier qui soit au monde. Un ami de Crillon, me suis-je dit, ne laissera jamais une pauvre femme dans la douleur, dans l'embarras, et au lieu de vous envoyer Gratienne, je suis venue vous demander avec franchise un service qui peut seul me sauver. Promettez-moi de consentir.

—Si ce que vous demandez est possible.

—C'est facile. Toutefois il faudrait bien du secret et de la diligence. Je n'ai qu'un seul ami, mais c'est un ami puissant. Il est absent et ignore à quelle extrémité je suis réduite. S'il le savait, il accourrait ou m'enverrait délivrer. Il peut tout, lui!…

—Ah!… le roi? dit Espérance, avec une légère nuance de froideur qui n'échappa point à Gabrielle.

—Oui, monsieur, le roi, dit-elle en baissant la tête.

—Je croyais qu'hier M. de la Varenne était venu en ce couvent.
N'a-t-il point apporté des nouvelles de Sa Majesté?

—Hier, balbutia Gabrielle, il n'était pas question de précipiter ainsi ce mariage. Et d'ailleurs, M. de la Varenne ne reviendra plus ici avant que le roi n'y vienne lui-même. Quand sera-ce? Le roi est tout entier aux préparatifs de son abjuration. Si j'allais être mariée pendant son absence! pauvre prince!