—N'avez-vous besoin de rien ce matin, mon cher frère; pour remplacer près de vous votre compagnon, vous faut-il de la société?
—Merci, dit Espérance, qui devina le désir du moine et laissa tomber la conversation.
Tout à coup on heurta la porte et une voix aigrelette cria du dehors:
—Cher frère Robert, êtes-vous là?
—Entrez, dit Espérance.
Le seigneur Nicolas d'Armeval entra, tout sautillant, tout effarouché.
—Ah! je vous trouve enfin, cher frère, dit-il au moine; j'ai couru depuis une demi-heure, ce que j'ai à vous dire était si grave … Non, ne sortons pas. Bonjour, monsieur Espérance, comment va, ce matin?… Très-bien! j'en suis charmé. Et votre ami aussi? Allons, c'est à merveille. Non, cher frère Robert, ne sortons pas pour causer, nous ne saurions avoir de plus aimable compagnie que celle de monsieur; monsieur est de mes amis. Il faut donc vous dire, mon très-cher frère, que nous avons découvert un complot, quand je dis nous, c'est M. d'Estrées … ce n'est pas même M. d'Estrées, c'est un ami anonyme qui lui a fait donner avis,—je soupçonne ce cher prieur,—un avis de la plus haute importance. Ce doit être le révérend dom Modeste, l'homme qui sait tout et qui est pour moi une Providence! Enfin, je vous cherchais, je vous trouve, tout est arrangé.
Ce flux de paroles et cette bruyante pantomime n'arrachèrent au moine ni un geste ni un mot. Il regarda et attendit.
—Qu'y a-t-il d'arrangé, demanda Espérance?
—Cela se devine, nous agissons: on attaque, nous parons. Allez, cher frère Robert, donner les derniers ordres, je vous prie.