A peine avait-il laissé s'engourdir sa pensée au murmure de l'eau, que des voix retentirent dans le parterre du bâtiment neuf. La porte s'ouvrit, et l'on vit s'avancer par la grande allée dont cette fontaine formait le centre, tout le cortége qui accompagnait les époux à la chapelle.

M. d'Estrées donnait la main à sa fille. Il était soucieux, inquiet. On lisait sur son visage la fatigue du combat dont il était sorti vainqueur.

Gabrielle pâle, les yeux brillants de colère et de désespoir, regardait autour d'elle, soit pour chercher un secours inattendu, un miracle du ciel, soit au moins pour trouver l'ami qu'elle avait convoqué. Elle atteignit enfin la fontaine que masquait un massif d'églantiers et de lierres.

Espérance se leva pour qu'elle le vit mieux. Mais alors il l'aperçut lui-même. Tous deux, en échangeant leurs regards furent frappés du même coup. Jamais elle n'avait soupçonné cette beauté noble, cette expression de douleur touchante, cette grâce majestueuse de tout le corps.

Quant à lui, la femme qui resplendissait à ses yeux était au-dessus de tout les rêves d'un poëte: l'ensemble parfait de cette divine créature ne s'était jamais rencontré depuis la création. Ébloui, éperdu, il fit un pas vers elle. Elle s'arrêta sous son regard, fascinée, ravie. Ses yeux désolés avaient voulu dire: Adieu! Ils s'épanouirent pour dire: Au revoir!

M. d'Estrées emmena sa fille qui, la tête tournée, regardait toujours en arrière. Espérance, entraîné par ce regard, ne s'aperçut pas même que M. de Liancourt le conduisait par les mains vers la chapelle.

Une demi-heure après, Gabrielle s'appelait madame de Liancourt.
Espérance priait, la tête cachée dans ses mains.

Le beau-père et le gendre se félicitaient avec effusion.

—Maintenant, s'écria M. d'Estrées, l'honneur est sauf. A vous de le maintenir, mon gendre!

—Maintenant, disait le gendre, qu'on nous l'enlève! qu'on y vienne!