—La loi est la loi, répliqua Rosny, et vous avez tort de vous mettre au-dessus. Les esprits, échauffés par votre faiblesse d'aujourd'hui, ne sauront plus se retenir une autre fois, et au lieu d'un homme qu'il fallait sacrifier à l'exemple, vous en sacrifiez dix.

—Soit, je les sacrifierai. Mais l'occasion sera bonne, tandis qu'aujourd'hui c'eût été une cruauté stérile.

—Monsieur, dit aigrement Rosny, je n'agissais qu'en vue de faire respecter les armes du roi.

—Harnibieu! ne les fais-je point respecter, moi? répondit Crillon avec une vivacité de jeune homme.

—Ce n'est point cela que j'entends, et par grâce, si vous avez des observations à me faire, faites-les-moi en particulier, pour que personne ne soit témoin des différends qui s'élèvent entre les officiers de l'armée royale.

—Mais, mon cher monsieur Rosny, il n'y a point de différend entre nous; je suis prompt et brutal, vous êtes circonspect et lent. Cela seul suffit à nous séparer quelquefois. D'ailleurs, tout se passe en famille, devant nos gens, et je ne vois point de témoin qui nous gêne pour nous embrasser cordialement.

—Excusez-moi, en voici un, répliqua Rosny en désignant Espérance à
Crillon.

—Ce jeune homme, c'est vrai. N'est-ce pas lui qui a offert de payer cent pistoles pour Pontis?

—Lui-même, et regardez avec quelle effusion Pontis lui serre les mains.

—C'est un beau garçon, ajouta Crillon, un ami de Pontis, sans doute?