—Sambioux, mon capitaine, repartit le jeune homme avec un sourire contraint, Pontis en Dauphiné est trop loin pour qu'on l'aperçoive. D'ailleurs, je n'y songe point, Pontis est à monsieur mon frère aîné qui m'en a mis poliment dehors. Et c'est heureux pour moi ajouta-t-il en forçant de plus en plus son sourire, car si je me gobergeais chez moi, je n'aurais pas l'honneur de servir le roi sous vos ordres.

—Stérile honneur, grommela une voix sourde partie d'un groupe de gardes, gentilshommes huguenots, pittoresquement vautrés au penchant d'un tertre.

Ni Pontis, ni le capitaine ne feignirent d'avoir entendu. Celui-ci frisa ses rubans jonquille, celui-là reprit sa contemplation en murmurant:

—Oh! non, ce n'est pas les nuages que je regarde.

—Quoi donc, alors? dirent ensemble plusieurs compagnons qui se soulevèrent à demi autour de Pontis.

—J'admire, messieurs, toutes ces fumées noires, bleues et blondes qui montent des cheminées de Poissy.

—Eh! qu'avez-vous affaire de fumées? reprit le capitaine; fumée est vide!

Pontis, comme plongé dans une mélancolique extase:

—Oh! dit-il, la fumée bleue me représente une eau bouillante dans laquelle se peuvent cuire oeufs, poissons et menus abattis de volailles; la rousse me semble née d'un gril chargé de côtelettes et de saucisses; la noire vient tout simplement des fours de boulangers… On fait de si bon pain à Poissy!

—Nous ne sommes pas à Poissy, répondit philosophiquement un des gardes qui s'étendit sur l'herbe brûlée; nous sommes sur les terres de Sa Majesté.