Un long bruit d'applaudissements et de vivat éclata malgré la sainteté du lieu, et, perçant les murs de l'église, se répandit au dehors comme une traînée de poudre, enflammant partout la joie et la reconnaissance de la foule. Désormais rien ne séparait plus le peuple de son roi; rien, que les murs de Paris.
Le reste de la cérémonie s'acheva dans le plus bel ordre, avec la même majesté simple et touchante.
Le roi à sa sortie de l'église, après la messe, fut assailli par le peuple qui s'agenouillait et tendait les bras sur son passage, les uns lui criant: joie et santé! les autres criant: à bas la ligue et mort à l'Espagnol! A tous, surtout aux derniers, le roi souriait.
Crillon, les larmes aux yeux, l'embrassa sous le portique de la cathédrale.
—Harnibieu! dit-il, nous pourrons donc désormais ne nous quitter plus! Autrefois quand j'allais à l'église vous alliez au prêche, c'était du temps perdu!… Vive le roi!
Et la foule non plus de répéter, mais de hurler: vive le roi! à faire mourir de rage les Espagnols et les ligueurs qui durent en recevoir l'écho.
Tout à coup, quand le roi rentrait à son logis, envahi par les plus avides de contempler une dernière fois leur prince, Crillon, qui gardait la porte, aperçut le comte d'Auvergne fendant la foule et cherchant à entrer.
Crillon, de son oeil d'aigle, aperçut en même temps Marie Touchet, sa fille et M. d'Entragues qui dominaient la foule du haut d'un perron où les avait placés le comte d'Auvergne pour qu'ils vissent mieux ou fussent mieux vus.
—Monsieur, dit le comte à Crillon, je suis bien heureux de vous rencontrer; j'ai là deux dames fort impatientes de présenter au roi leurs respects et leurs remercîments. Elles sont trop bonnes catholiques pour ne pas être admises des premières à féliciter Sa Majesté.
—Harnibieu! pensa Crillon qui savait bien de quelles dames le comte voulait parler, les pécores enragées veulent déjà manger du catholique! attends, attends!