Les douze hommes se mirent aussitôt à s'entre-choquer les uns les autres.
—A la bonne heure, dit Langlois.
On était arrivé sur une petite place entre la rue du Coq et la rue
Saint-Honoré.
Là étaient rangés, d'un côté, environ cent hommes de la garde bourgeoise, et de l'autre un bataillon espagnol tout entier, au nombre d'environ deux cents hommes armés de mousquets et d'épées.
Sur le milieu de la place se promenaient le président Lemaître et la procureur général Molé avec don José Castil, capitaine commandant le bataillon.
—J'amène du renfort, s'écria Langlois.
Lorsque parurent les douze miliciens amenés par Langlois, ce fut dans les rangs de ce bataillon un fou rire inextinguible qui gagna même les miliciens bourgeois rangés en face.
Il faut dire que jamais la parodie n'avait été poussée à un si haut degré de perfection. Les files en zigzags, le cliquetis des fourreaux d'épée contre les canons des mousquets, la démarche vacillante, le bruit des cuirasses entre-choquées formaient un spectacle rare qui attira bientôt l'attention de don José.
—En voici de curieux, dit-il.
—Il faut leur pardonner, répliqua l'échevin Langlois, ce sont des apprentis tanneurs et quincailliers que j'ai fait armer pour la première fois et qui ne sont pas encore des Césars.