—Ce Crillon est jaloux! murmura M. d'Entragues.

—Jaloux où non, dit le cynique jeune homme, il n'empêchera pas le roi de voir Henriette, qui n'a jamais été si belle qu'aujourd'hui.

La Ramée s'était glissé de nouveau derrière les dames, comme un chien battu qui boude, mais revient. Il entendit ces paroles.

—Ah! je comprends, murmura-t-il tout pâle, pourquoi on a mené Henriette à Saint-Denis! Eh bien! moi aussi j'irai chez les génovéfains de Bezons, et nous verrons!

II

OÙ LE ROI VENGE HENRI

Le roi, accompagné seulement de la Varenne et de quelques serviteurs privilégiés, parcourait rapidement la route de Saint-Denis à Bezons. Las d'avoir travaillé pour la couronne, il voulait consacrer le reste du jour à son ami Henri.

Il respirait, le digne prince; après tant de professions de foi et de cérémonies, tant de plain-chant et de clameurs assourdissantes, il se reposait. Tout en lui se reposait, hors le coeur. Ce tendre coeur, épanoui de joie, volait au-devant de Gabrielle, et devançait l'arabe léger que son escorte avait peine à suivre.

Cependant un peu d'inquiétude se mêlait à son bonheur. Chemin faisant, Henri s'étonnait de l'attitude étrangement hostile de M. d'Estrées, qui osait improviser ainsi un mari, brusquer si rudement des accordailles, épouvanter une pauvre fille jusqu'à la forcer d'appeler au secours! En effet, le roi avait reçu la veille le message apporté par Pontis et répondu sur-le-champ par le même courrier, qu'il arriverait le lendemain après son abjuration, que Gabrielle pouvait bien tenir ferme, jusque-là et qu'on verrait.

Pontis, selon le calcul du roi, avait dû revenir au couvent dans l'après-dîner. Gabrielle, forte du secours promis, aurait résisté, ne se serait pas mariée. Rien n'était perdu, et l'arrivée d'Henri allait changer la face des choses, sans compter l'appui secret du mystérieux ami le frère parleur.