Pontis l'appelait dans la mêlée, vociférant son nom, et il ne répondait pas.
Don José ramena les siens à la charge; il était quelquefois brave, le ridicule señor, mais ce jour-là il tremblait comme tout animal qui sent le lion. Sa troupe vint se heurter en tumulte sur les ressorts d'acier des gardes; une nouvelle jonchée de morts s'entassa, la vapeur du sang et de la poudre s'épaissit sous les voûtes lugubres de la tour. Don José tomba expirant, la tête fendue. Les Espagnols hésitèrent.
—Allons, puisqu'ils ne vont plus! s'écria le chevalier en prenant l'offensive, et il fondit de nouveau sur la bande décimée; les uns, effarés, cherchèrent à ouvrir les verrous de la porte, mais ils trouvaient là le moine silencieux qui les assommait de sa masse; d'autres couraient comme des papillons à la fenêtre, d'où Espérance les faisait tomber à coups d'épée.
On en vit grimper le long des barreaux des meurtrières, d'autres cherchaient à s'accrocher aux parois de cette cage formée, d'autres imploraient le vainqueur en jetant leurs armes.
La Ramée, se voyant perdu, prit une résolution sauvage, il avait trois fois reculé devant la porte défendue par l'assommoir du moine; il se jeta sur la fenêtre, croisant le fer avec Espérance; puis, tout à coup, feignant d'être blessé, il tomba. Espérance, généreux, releva son épée. Alors la Ramée le saisit par les jambes et le renversa sur le plancher.
Pendant ce temps, d'autres blessés épouvantés ouvrirent la fenêtre et se précipitèrent dans la Seine, non sans avoir reçu en chemin de nouveaux coups.
Pontis furieux avait tout quitté pour voler au secours d'Espérance: il cherchait dans ces deux corps qui s'entrelaçaient et se roulaient une place pour enfoncer son épée; mais comment frapper l'ennemi sans blesser l'ami? Les têtes seules étaient reconnaissables dans cet affreux bourbier de sang et de débris. Pontis saisit le moment où la tête de la Ramée lui apparaissait bien distincte, et il frappa dessus un effroyable coup du| pommeau de sa lourde épée.
Le misérable, étourdi, lâcha prise. Espérance se releva. Tous deux, Pontis et lui, par un mouvement spontané, saisirent l'ennemi sans connaissance et le précipitèrent par la fenêtre. Puis ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre en murmurant:
—Pour cette lois, il est bien mort.
A partir de ce moment, le combat se changea en massacre. Les rares blessés qui restaient furent poussés par le même chemin, et Crillon fumant de sueur et de carnage put se reposer avec ses compagnons sur un monceau de cadavres.