En disant ces mots, il avait mis l'épée à la main, cette terrible épée qui en jaillissant du fourreau sembla partager la tour en deux morceaux comme l'éclair coupe un nuage.
Derrière lui, à ses côtés, sa petite troupe s'était formée avec un ensemble, un aplomb, une vigueur qui firent reculer les Espagnols jusqu'au centre de la salle.
Le moine, froid et impassible, poussa dehors M. de Brissac qui dégainait comme les autres et ferma les énormes verrous de la porte du corps de garde. Puis il s'adossa à cette porte, les deux mains appuyées sur une hache qu'il avait détachée de la muraille.
—Gardez la fenêtre, dit-il à Espérance, qui courut aussitôt de ce côté.
—Soixante contre douze! s'écria don José en désignant à ses hommes la poignée de Français qui lui barraient le chemin.
—Douze contre soixante! répondit Crillon avec une voix de lion rugissant. Et souvenez-vous, enfants, qu'il ne faut pas qu'un seul de ces coquins sorte vivant de la tour, car il ferait manquer l'entrée du roi! Espérance, je vous ai promis de vous montrer Crillon sur la brèche, regardez!
Une décharge des mousquets espagnols alla cribler la muraille. Crillon et les siens s'étaient jetés à plat-ventre; ils se relevèrent agiles comme des léopards.
—Maintenant, dit le chevalier, en avant! ils sont à nous!
Il s'élança; ses yeux de flamme avaient choisi deux hommes pour ses deux premiers coups d'épée. Les deux hommes roulèrent à ses pieds. Quand ses gardes et lui se retrouvèrent dans la fumée, dix Espagnols jonchaient le plancher de la salle, tous frappés à la gorge ou au coeur, tous tués raides. Pas un Français n'avait été touché.
La Ramée, au milieu des Espagnols, avait une épée à la main comme les autres; mais il ne frappait pas encore; on eût dit que ce spectacle effrayant l'avait privé de sa raison; il restait immobile, hébété, ne pouvant s'accoutumer à cette situation terrible.