Tout à coup le percepteur parla bas au chef des soldats, et celui-ci s'écria:
—C'est vrai qu'il cache son oeil.
—Découvrez votre oeil, dit le percepteur à l'Italien, qui ne comprenait pas.
—Il fait semblant de ne pas comprendre, murmurèrent les assistants.
—Votre oeil, votre oeil! répétèrent vingt voix impatientes.
L'Italien étourdi regardait sa compagne et ne bougeait pas. Aussitôt le chef du poste, par un mouvement brusque, déroula les plis du manteau qui cachait la tête de l'inconnu, dont le visage apparut à son tour. Il était beau, assez fier d'expression, malgré certaine trivialité qui n'exclut pas la beauté dans les classes inférieures des races orientales.
—Son oeil est éraillé, cria le percepteur, c'est lui.
—C'est lui! répétèrent plusieurs des assistants qui paraissaient être dans le secret.
—C'est lui! c'est lui! crièrent cent voix qui ne savait pas même de quoi il s'agissait.
En effet, l'Italien avait l'oeil droit sillonné sous la paupière par une excoriation un peu enflammée qui s'étendait jusqu'à la tempe.