Les soldats sautèrent sur cet homme qu'ils mirent bien vite à bas de son petit cheval, et sur la foi des soldats, bon nombre de spectateurs commencèrent à rudoyer et à gourmer le malheureux dont ils ne savaient ni le nom ni le crime.
Ce que voyant, la jeune femme sa compagne se mit à pousser des cris lamentables, perçants, entrecoupés d'interjections italiennes que la foule s'obstinait à vouloir dire espagnoles à cause des désinences.
—Ne le battez pas, disaient les soldats, nous allons le faire rôtir.
—Non pas, non pas, disait le percepteur, il faut qu'il avoue ses complices.
—Ah! scélérat d'Espagnol! criait l'un.
—Ah! misérable assassin! hurlait l'autre.
—Oime! o povero Concini! gémissait la petite femme en disputant bravement à coups d'ongles son infortuné compagnon à tous ces furieux.
Mais elle n'était pas la plus forte, et peu à peu le torrent l'entraînait elle-même vers la petite échoppe du percepteur, qui promettait de se changer pour tous les deux en chambre de torture.
Cependant, un grand jeune homme blond, monté sur un beau cheval turc et suivi d'un valet aussi bien monté que lui, était arrivé à la porte de Melun, et dominait toute cette mêlée dont les anneaux, en se heurtant, venaient battre le poitrail de sa monture.
Lorsqu'il vit cette scène dont le prélude présageait un si triste dénouement, lorsqu'il entendit les cris de détresse de la jeune femme, il fit faire deux pas à son cheval, et frappant sur l'épaule d'un soldat qui tirait par un bras la malheureuse cramponnée aux habits de son compagnon: