—Cela vous dérangera peut-être de votre chemin? dit Concino inquiet des frôlements perpétuels du genou de Leonora, qui rencontrait si souvent le genou d'Espérance.
—Nullement, je vais à l'Arsenal, répliqua le Français, c'est le même quartier.
Il leur indiqua la porte du riche financier, et les adieux s'échangèrent, empressés d'une part, polis de l'autre, tandis que Concino levait le lourd marteau.
—A rivedere, murmura Leonora en posant un doigt sur ses lèvres.
X
COMMENT ESPÉRANCE EUT PIGNON SUR RUE
Espérance, en arrivant à l'Arsenal, apprit que M. de Crillon n'était pas encore de retour d'une inspection qu'il avait dû passer de troupes nouvelles. Mais des ordres étaient donnés pour qu'on préparât une chambre à la personne qui se réclamerait de lui.
Le jeune homme vit par là que Crillon ne l'avait pas oublié. Il entra dans la vieille chambre gothique où brûlait un feu d'arbres sciés par la moitié. Son valet bassina les draps, servit le souper auquel il fit fête lui-même après que le maître, harassé de fatigue, se fut mis au lit avec cent chances de bien dormir.
Espérance ne se demanda pas pourquoi Crillon logeait à l'Arsenal. Le lendemain, il était à peine réveillé et s'habillait quand le chevalier entra dans sa chambre les bras ouverts, avec tous les signes d'une joie affectueuse.
—Eh bien, coureur, enfant perdu, ingrat, vous voilà donc, s'écria le héros en embrassant Espérance pour la deuxième fois. C'est donc une rage qui vous tient de fuir ceux qui vous aiment? Comment! vous annoncez un petit voyage de quinze jours, vous nous quittez au milieu des fêtes de l'entrée à Paris, et vous restez dix mois absent? Tenez, mon ami, c'est vouloir nous persuader que vous manquez de coeur et de mémoire, car enfin on vous traitait bien ici.