«Monsieur le chevalier, il importe de faire revenir M. Espérance de l'endroit ou il est. Il y court de grands dangers. Veuillez le rappeler par une lettre que je me charge de lui faire parvenir. Vous seul avez autorité sur lui: fixez-lui un rendez-vous à Paris vers le mois de décembre. La présente n'a d'autre but que l'intérêt du jeune M. Espérance. Il faut à tout prix le garder près de vous. Je ferai prendre la lettre demain à votre logis.»

—De qui est-ce signé? s'écria Espérance.

—Ce n'est pas signé. L'écriture est belle, mais un peu tremblée comme celle d'un vieillard.

—Et vous m'avez écrit de revenir….

—Sur-le-champ; j'y voyais aussi votre intérêt. Mais où étiez-vous donc pour courir de si grands dangers?

—J'étais à Venise, dit Espérance.

Crillon bondit sur sa chaise.

—A Venise, murmura-t-il, tandis que son sang généreux affluait à ses joues. Mon Dieu, mon ami, qu'alliez-vous faire à Venise?

—Mais, pour voyager, Venise est un but qui en vaut bien un autre.

—Espérance, vous ne me traitez pas en ami, dit Crillon, dont le coeur battait avec violence, vous êtes plein de réticences et de réserves. Parti sans explication, absent, perdu, vous revenez défait, triste, allongé, vous le plus gai, le plus rosé et le plus franchement jeune des jeunes gens que je connais. Je vous interroge, vous balbutiez, j'insiste, vous mentez, oui. Eh bien, soit, ne me dites rien. Parlons d'autre chose. L'amitié de Crillon. Bah!… Qu'est-ce que Crillon? Un vieux soudard qui n'a plus souvenir de sa jeunesse.