—Puisque je vous le dis.

—Mais, vous m'avez écrit où j'étais.

—J'ai écrit, assurément, mais sans savoir où j'écrirais. Vous avez donc reçu ma lettre?

—Voilà qui est bizarre, s'écria Espérance; vous m'écrivez sans savoir à quel endroit, votre lettre me parvient et vous ne me l'avez pas envoyée.

—Ces choses-là n'arrivent qu'à vous, mon cher Espérance, dit Crillon gaiement. Mais pour ne pas vous intriguer trop longtemps, apprenez comment tout cela s'est fait. Vous aviez pris congé brusquement de Pontis et de moi, sous prétexte d'un voyage. Quinze jours après vous m'écrivez que vous irez plus loin que vous n'aviez projeté. Pendant quatre mois, plus de nouvelles de vous, c'était affreux, car enfin on vous porte intérêt.

—Excusez-moi, j'avais écrit à Pontis.

—Attendez. Pontis courait le monde avec l'armée du roi. Pontis n'était plus à Paris; on se battait ici aujourd'hui, là demain. Votre lettre a d'abord attendu Pontis à Paris, chez moi, pendant deux mois, ce qui fait six. Puis, par un hasard fort heureux, on me l'a envoyée à Avignon, dans ma famille, où j'étais. J'allais la renvoyer à Pontis, qui était en Artois, quand j'ai reconnu l'écriture et décacheté le billet. Malheureux que vous êtes, vous ne donniez seulement pas votre adresse.

—Voilà pourquoi je m'étonne si fort, dit Espérance en souriant, que vous m'ayez répondu, et que votre lettre me soit parvenue. Mais vous êtes si bon et vous avez le bras si long…

—Pas du tout, ne me faites pas meilleur que je ne suis. J'étais courroucé, je n'eusse pas répondu, lorsqu'au moment où je me dépitais le plus, en octobre dernier, je reçus la lettre que voici.

Crillon alla ouvrir un coffre placé sur son buffet chargé d'armes.