—Oh!… de beaucoup de choses.

—Mlle d'Entragues, la coquine.

—Non, non, s'écria vivement Espérance.

—Je dis cela, parce qu'on l'a vue courir après vous chez les génovéfains, elle voulait vous rattraper, la traîtresse, et moi, qui connais vos faiblesses, je me suis dit: Il en tient toujours, et par un bon effort il cherche à s'en débarrasser, voilà pourquoi il voyage.

—Il y a bien un peu de cela, dit Espérance charmé de voir Crillon interpréter ainsi les choses.

—Mais, ce n'est point une raison pour pleurnicher, harnibieu! il y a assez d'eau à Venise.

—Aussi n'ai-je pas pleuré Mlle d'Entragues, monsieur le chevalier.

—Quoi alors?…

—Eh bien! monsieur, en considérant mon sort, en me voyant isolé sur la terre, privé d'amour, froissé dans mes premières illusions, j'ai conçu un ennui mortel. C'est que j'ai déjà été bien éprouvé, voyez-vous. Mon coeur et mon corps ont reçu de rudes coups. Avec quoi me consoler? dans quel sein me réfugier? Dieu ne peut pas s'occuper de moi; j'ai trop de jeunesse, de santé, de bien-être. On n'a pas le droit de fatiguer Dieu de ses plaintes, lorsqu'on a vingt ans et des muscles pareils aux miens. Il y a bien vous qui m'aimez, mais je serais un bélître d'aller semer mes misérables petites épines dans votre glorieuse carrière, Pontis m'aime aussi, mais c'est un écervelé.—Savez-vous à quoi j'ai pensé?

—Ma foi, je ne me l'imagine pas, dit Crillon.