—J'ai pensé à ma mère.

Nouveau soubresaut du chevalier, qui rendit un regard effaré en échange du regard calme et plein d'innocence que le jeune homme attachait sur lui.

—Votre mère… articula sourdement le digne guerrier. Mais quelle singulière idée, puisqu'elle n'est plus de ce monde.

—C'est pour cela, précisément, que j'ai songé à elle.

—Pour qu'une pareille idée vous vint, il vous a fallu un motif nouveau?

—J'ai relu de nouveau sa lettre d'adieu. Ah! monsieur, un homme heureux a pu ne pas comprendre tout ce qu'il y avait dans cette lettre; mais un coeur brisé l'a compris tout de suite. Voilà pourquoi j'ai été à Venise.

—Je ne saisis pas davantage, poursuivit Crillon. Vous avez donc quelque renseignement qui rattache à Venise le souvenir de votre mère? Il me semblait vous avoir ouï dire que vous ne saviez rien, et cette lettre dont vous me parlez et que vous m'avez fait lire, ne dit pas un mot à ce sujet.

—La mienne, non, répliqua Espérance; mais souvenez-vous que je vous en ai porté une aussi à vous, une de la même écriture.

—C'est vrai; eh bien?

—Celle-là, vous la teniez ouverte à la main, le premier jour que j'eus l'honneur de vous entretenir à votre camp.