—Je comprends, dit-il, que tous ces gens me connaissent.

—Et moi aussi, ajouta Crillon en extase devant le chef-d'oeuvre.

—Mais ce que je ne devine pas, dit Espérance, c'est qu'on m'ait peint à mon insu. Où, quand, comment le peintre m'a-t-il saisi?

Crillon s'approchant pour examiner la signature:

«François Porbus, lut-il. Venise, 1594.»

—Ah! s'écria Espérance, m'y voici! Un jour, adossé à l'un des piliers de la nef, paresseusement assis sur un banc, j'étais resté plusieurs heures dans Saint-Marc à rêver, à prier. Un peintre, entouré de spectateurs respectueux, dessinait en face de moi. Je crus qu'il peignait le baptistère et j'entendis prononcer par des Vénitiens le nom illustre de Porbus.

—Il faisait votre portrait, dit Crillon. Mais tandis que les valets se sont retirés discrètement à la porte, n'oubliez pas ce que dit la lettre.

—Quoi donc?

—Nous sommes dans votre chambre. Les titres de la propriété doivent se trouver sur la cheminée, dans un coffre, avec vos clés.

Espérance s'approcha en souriant. La petite clé du billet ouvrait le coffre.