Là, Crillon et son ami recueillirent une liasse de parchemins en règle, qui établissaient authentiquement la possession du terrain et des bâtiments.

Sous les parchemins était un trousseau de clés portant chacune son étiquette. Le mot coffre-fort sauta d'abord aux yeux d'Espérance.

—Ce doit être ce bahut en bois de rose, cerclé de fer, dit Crillon.

—Justement, répondit Espérance qui venait d'y appliquer la clé.

Le coffre contenait des sacs couverts de cette inscription: Dix mille écus.

—Harnibieu! s'écria le chevalier dans un transport d'admiration, si le roi en avait autant!

Espérance ne disait pas un mot. Tout cela le suffoquait. Il sortit de la chambre et parcourut avec le chevalier les galeries, la bibliothèque, les salles, les cabinets où tout respirait la splendeur et le haut goût d'un luxe de prince.

Un valet de chambre guidait les deux amis dans leur exploration. Après la maison et ses détails, après la revue des cristaux et de l'argenterie, on passa aux écuries où huit chevaux croquaient le foin et l'avoine sans honorer d'un regard leur maître futur dont sans doute on ne leur avait pas montré le portrait. Sous une remise voisine se prélassait un carrosse doré tapissé de velours. Ce dernier trait de magnificence arracha un cri au chevalier.

—Un carrosse! et le roi n'en a pas! dit-il. Le chevalier d'Aumale avait le seul qui fût dans tout Paris.

Harnais, équipages, chiens au chenil, armes aux crocs et vins à la cave, rien ne manquait; le dîner cuisait sur les immenses fourneaux de la cuisine.