Crillon répondit par un coup d'oeil et un silencieux sourire.
Ils passaient à ce moment devant l'aile du rez-de-chaussée, longue et haute galerie dont toutes les fenêtres et les volets étaient soigneusement fermés. Espérance y attacha machinalement sa vue rassasiée de tant de merveilles.
Un valet parut et offrit au jeune homme une clé nouvelle sur un bassin d'argent doré.
—Qu'est-ce encore? dit Espérance.
—Monseigneur voudra certainement visiter son cabinet de méditation, répliqua le serviteur en indiquant une porte de citronnier incrustée d'ébène.
—Nous n'avons pas vu de ce côté, dit Crillon.
Espérance mit la clé dans la serrure.
Le serviteur salua et disparut.
A peine la porte était-elle ouverte, qu'un délicieux parfum d'aloès envahit jusqu'au vestibule où s'étaient arrêtés les deux amis. Espérance souleva une portière, et ne put retenir un cri de surprise.
Il voyait une vaste salle à boiseries et à colonnettes de cèdre, meublée de fauteuils en frêne sculpté d'un travail bizarre et prodigieux; un lustre de cristal de Murano, à fleurs de verre rose, bleu, jaune et blanc, où brûlaient des cires de pareilles couleurs, des tapisseries inestimables, des tableaux de Bellini, de Giorgion et de Palma le Vieux, des tables d'ébène incrustées d'ivoire, un dressoir garni d'aiguières et de plats d'or ciselé. Toute cette féerie illuminée avait ravi Espérance, qui rayonnait de joie et d'admiration. Mais lorsqu'il voulut faire partager ces sentiments à Crillon, il le vit pâle et tremblant tomber sur un fauteuil, les yeux dilatés, fixes, la sueur au front, comme s'il s'attendait à voir la muraille s'ouvrir en face de lui pour donner passage à une ombre.