—Qu'avez-vous, chevalier? s'écria-t-il; est-ce donc cette admirable Diane au bain, signée Giorgion? est-ce cette Madone de Jean Bellini, ou cette Suzanne de Palma qui vous écrasent?
Crillon respirait à peine et ne répondait pas.
—Vous avez vu, disiez-vous, une belle chambre. Valait-elle ceci?
Crillon se leva, promena un regard enivré sur tout ce qu'il voyait. Un soupir pareil à un sanglot s'échappa de sa poitrine en la déchirant.
—Dans celle que j'ai vue, murmura-t-il, était un trésor qui n'est pas ici et qui ne se retrouvera pas sur la terre! Sortons, sortons d'ici!
En disant ces mots d'une voix entrecoupée, il s'acheminait à grands pas vers la porte. Soudain, se retournant dans un brusque élan du coeur, il saisit Espérance entre ses bras et l'étreignit avec une tendresse passionnée.
—Adieu, dit-il, l'heure a passé. Le roi doit être de retour. Il m'attend.
Adieu.
—Vous reviendrez, j'espère?
—Oh! oui, je reviendrai, balbutia Crillon, qui s'enfuit dans un trouble inexprimable, car il n'avait pu sans frissonner et trembler comme un enfant retrouver vivant dans les meubles de cette chambre son poétique souvenir de Venise.
Espérance, demeuré seul, s'étendit sur les coussins, cacha son front dans ses mains et se demanda si tout cela n'était pas un rêve. Le feu pétillait dans l'âtre, les bougies se consumaient dans leurs girandoles, et quelques heures délicieuses, heures de mémoire et d'oubli tout à la fois, étaient tombées goutte à goutte sur son coeur blessé. Il repassait ainsi sa vie avec la douleur de n'y trouver que dégoût et ténèbres, lorsqu'une voix joyeuse, perçante, accompagnée d'un bruit d'éperons, retentit dans le vestibule. Cette voix appelait Espérance; elle sonnait, comme une fanfare, la déroute de la mélancolie et de l'ennui.