—Je ne bois pas. Et tant de trésors ne servent de rien à un homme seul.
—Nous sommes deux, et si tu veux que nous soyons trois, tu n'as qu'à parler. Mon cher, j'ai vu aujourd'hui toute la cour. Il y a des femmes superbes! des femmes, vois-tu, à vous faire rêver tout éveillé. Toutes ces femmes-là, tu peux les épouser si tu veux.
—Toutes?
—Tu choisirais au besoin. Oh! quelle gaieté! quel festin perpétuel! quelles promenades! Mon ami, tu as des chevaux étonnants.
—Vraiment?
—Les femmes adorent les chevaux; montre vite tes chevaux aux femmes. Avec une figure comme la tienne, je ne voudrais pas en laisser respirer librement une seule, je voudrais en voir des bataillons s'égorger tous les jours à ma porte. De temps en temps tu inviterais des hommes en l'honneur du vin, on illuminerait la maison, il y aurait bals, mascarades. Ah! dieux! si j'étais à ta place, Espérance, ma maison serait si divertissante, que, dès demain, la belle Gabrielle quitterait pour moi le roi de France.
Espérance se leva tout pâle.
—Malheureux, dit-il d'une voix sombre, tais-toi, tu es ivre.
Pontis stupéfait laissa tomber sa main et son verre.
—Oui, répéta Espérance, vous avez beaucoup trop bu, Pontis. C'est votre défaut, et quand la tête est prise on parle à tort et à travers. Il ne convient pas qu'un garde du roi parle irrévérencieusement de son maître et des personnes qui lui sont chères. J'ai ici des valets qui peuvent vous entendre.