—Il se réservait pour un autre souper, sans doute.
—Le roi a voulu s'aller coucher aussitôt après le repas, fatigué, disait-il. Et quand j'ai voulu pénétrer chez lui, on m'a refusé la porte.
—Sa Majesté avait un rendez-vous chez M. Zamet ce soir. Là on soupera, là on aura bon appétit; là on ne se rappellera plus la fatigue.
—Chez Zamet!…
—Soulevez-vous dans votre litière, madame, et voyez au loin, à travers ces jardins, les fenêtres enflammées de l'hôtel de la rue Lesdiguières; entendez même les flûtes et les violes du concert.
—Le roi viendrait là!…
—Le roi vient d'y arriver, madame. Il est entré masqué, avec un seul gentilhomme; mais je l'ai aussi bien reconnu que j'ai reconnu à son entrée la femme pour laquelle il vient chez Zamet. Cependant elle aussi a pris le masque.
—Le nom de cette femme, monsieur?
—C'est mon secret, pardon, dit assez rudement l'inconnu. Que la marquise de Monceaux se conserve le roi, je le veux bien, mais je ne veux pas qu'elle perde cette femme.
—Hélas! monsieur, si la marquise était plus prompte à la défense, si elle savait haïr et se venger, on la ménagerait plus qu'on ne fait tous les jours. Mais, puisque vous refusez de me nommer la complice du roi, il suffit. En attendant, le roi est au milieu de cette fête avec celle que vous teniez tant à éloigner de lui. Singulier plan que vous avez adopté, monsieur. Il eût été plus simple d'empêcher cette femme d'entrer.