—Elle est venue, elle est seule.
Il y avait fête chez Zamet le Florentin. Les danseurs, choisis et peu nombreux, s'escrimaient dans la grande salle à essayer des danses nouvelles. Quelques joueurs s'étaient attablés en un coin. Le masque couvrait la plupart des visages. Quand le roi fit son entrée, masqué aussi, nul ne bougea et ne sentit la présence du maître.
Henri n'était pas un danseur vaillant. Il n'aimait le jeu que pour gagner. Ces deux passe-temps ne lui agréant pas, Henri promena autour de lui des regards découragés. Zamet, qui s'en aperçut, songea bien vite à lui en procurer un troisième.
Une femme masquée, enveloppée dans les fines draperies d'un voile oriental, était assise à l'écart, en face du roi, qui admirait déjà les riches contours de sa taille, sa cambrure hardie, la blancheur de ses épaules, sur lesquelles s'attachait un cou d'ivoire.
Zamet, en passant dans la salle, fit un signe imperceptible à cette femme, pour lui désigner le roi.
Elle se leva, lente et souple. Ses yeux lançaient deux rayons de flamme par les trous du masque. Sa robe, avant de retomber sur ses pieds délicats, laissa voir la cheville d'une jambe de nymphe.
Cette femme vint au roi et le regardant en face avec une fixité qui fascinait.
—Voilà, dit-elle d'une vois assourdie par le bruit des musiques; voilà, si je ne me trompe, un cavalier qui s'ennuie.
—C'est vrai, répliqua le roi, mais je sens que l'ennui s'éloigne à mesure que vous approchez.
—Un cavalier, poursuivit l'inconnue avec une légère ironie, qui sans doute est las de la perfection.