Les deux femmes tressaillirent.

—Mais à la prochaine occasion je préviendrai le roi lui-même.

—Oh!…

—Je dirai au roi tout ce que je sais, tout ce qu'il ignore; je lui expliquerai vers quels nuages s'est exhalée la fraîcheur de votre premier baiser.

—Misérable! le roi saura que mon dénonciateur est un assassin.

—Oh! je le lui dirai moi-même, car c'est une page de votre histoire. Et quand j'aurai convaincu le roi, je parlerai à la cour, à la ville; j'apprendrai le nom d'Henriette à l'écho des places publiques, à l'écho des carrefours; je ferai retentir de mes cris, de mes accusations, de mes blasphèmes, tout l'espace infini qui s'étend de la terre au ciel.

—Et moi, rugit Henriette avec un regard dévorant, je….

—Vous me tuerez? Non, vous ne me tuerez pas, car je vous connais et je suis sur mes gardes. Ainsi, pas de projets chimériques, pas d'espoir insensé. Ce qui est fait est fait. Nous n'en pouvons rien changer. Flétrie, perdue, impossible pour tout autre que pour moi, vous serez à moi. Nul homme ne vous touchera la main, nul ne vous adressera deux fois des paroles d'amour. Vous ne serez ni la femme d'un Liancourt quelconque, ni la maîtresse d'Henri IV. Vous n'aurez pas même recours à votre père qui ignore votre passé; pas même à votre frère qui exagérera bientôt pour vous le dégoût du roi. Tout à l'heure, vous me menaciez de leur vengeance. Qu'ils viennent, je suis prêt, je les attends.

Enfermées dans cette main de bronze, les deux misérables femmes palpitaient et passaient des sueurs de l'épouvante aux frissons de la colère.

—Eh bien, dit Marie Touchet à bout de forces, ce n'est pas la peine de lutter; puisque vous voulez nous perdre, soit. Nous préparerons à cet événement étrange M. d'Entragues, mon fils et le monde.