En disant ces mots, elle serrait la main d'Henriette pour lui communiquer un peu de courage.

—Ah! vous voudriez gagner du temps, répondit la Ramée. Mais je n'en ai pas à perdre, moi. Vous aurez, s'il vous plaît, préparé ces messieurs pour ce soir, car, ce soir, j'épouserai Mlle Henriette et l'emmènerai chez moi.

—Ce soir! Mais c'est de la démence, s'écria Marie Touchet.

—Ce soir, je serai morte, dit Henriette, avec un inexprimable désespoir.

—Vous, mourir!… Je vous en défie, répliqua la Ramée. Tant que vous aurez l'espoir que je vous connais, vous ne mourrez pas, et vous l'avez encore, ce fol espoir. Ce soir donc, je reviendrai vous prendre pour vous conduire à l'autel. De là nous partirons. Si MM. d'Entragues et d'Auvergne n'ont pas été prévenus avant, ils le seront après, peu importe.

—Ordonnez, monsieur, bégaya Henriette, aux yeux de laquelle venait de luire une chance de salut.

—Je vous devine bien, interrompit la Ramée; vous essayerez de la fuite. Mais ce serait encore inutile. Je vous l'ai dit, toutes mes mesures sont prises. Vous avez vu si je savais toutes vos démarches, toutes vos pensées. Je les saurai de même jusqu'à ce soir. Votre maison est entourée de gens à moi. J'ai des amis, mesdames; vous ne ferez ni un geste ni un pas que je ne le sache et que, par conséquent, je n'en prévienne les conséquences. Au surplus, essayez. L'épreuve vous convaincra mieux que tous mes discours. Essayez!

Après ces derniers mots, qui achevèrent de briser la malheureuse Henriette, il salua la mère et gagna lentement la porte. Arrivé sur le seuil, il se retourna, et d'une voix fatiguée, mais vibrante encore de son inextinguible passion:

—Rappelez-vous bien mes paroles, dit-il. Sur cette terre, moi vivant, vous ne serez à nul autre qu'à moi, je le jure! Résignez-vous. Peut-être ne vous ferai-je pas attendre aussi longtemps que vous le redoutez. Cela regarde, non pas vous ni les vôtres, mais Dieu et moi. A ce soir nos noces!

En achevant de parler, il souleva la tapisserie et disparut.