Cette salle immense, garnie des portraits de l'illustre maison de Lorraine, avait ce soir-là, aux flambeaux, un caractère de majesté sombre que la Ramée ne lui avait jamais connu jusqu'alors. On eût dit que les murs chargés de figures menaçantes, d'armes aux feux sinistres, préparaient leur écho à quelque terrible événement. La princesse, assise près de la cheminée, les yeux tournés vers la flamme, attendait, le front dans ses mains. Les reflets rouges du brasier se jouaient sur les rubans violets et le jais de sa robe. L'huissier annonça M. de la Ramée, et la duchesse se leva aussitôt avec un étrange empressement.
—Vous ici! madame, s'écria le jeune homme; faut-il que vos amis se réjouissent ou s'alarment de ce retour imprévu?
—Ils peuvent se réjouir, dit-elle.
—Dieu soit loué. Alors, les alarmes que m'avait causées tout ce que je vois….
—Dissipez-les.
—Et la présence de ces hommes dans l'escalier dérobé par lequel j'arrive à mon appartement?
—Ces hommes sont placés là par mon ordre.
—Pardon, madame, je n'en fais mention que parce qu'ils semblaient me garder et me fermer le passage.
—Ils vous gardent en effet, répliqua la duchesse avec la même affectation de courtoise déférence qui bouleversait toutes les idées de la Ramée depuis le commencement de l'entretien.
Pourquoi le gardait-on? Pourquoi ne l'appelait-on ni la Ramée, comme d'habitude, ni monsieur, ni mon cher? Cent questions se pressaient sur les lèvres du jeune homme, qui n'osait en formuler une.