Tenez, messieurs, tenez seigneurs, dit la duchesse en dénouant sur la table une liasse de parchemins, de lettres et de mémoires; approchez-vous, prenez connaissance de ces titres. Habituez-vous à l'idée qu'il vous reste un maître légitime, un véritable roi Très-Chrétien, et quand la conviction se sera fait jour dans vos âmes, remerciez Dieu qui vous sauve de l'usurpation et de l'hérésie.

On vit s'approcher, en effet, avec une crainte superstitieuse ou plutôt avec une salutaire défiance les ligueurs et les prêtres fanatiques. Les Espagnols, le jésuite, dans le secret, se tenaient à distance.

—Ceci, dit la duchesse, en désignant un mémoire, est le récit de la substitution, et révèle le lieu obscur où Catherine alla chercher la fille destinée à remplacer le jeune prince. Cet autre document vous montre Catherine faisant porter l'enfant mâle chez un gentilhomme du Vexin, son affidé, son féal, lequel gentilhomme éleva l'enfant parmi les siens, dans sa maison de Vilaines, aux environs de Medan.

La Ramée, jusqu'alors immobile, frissonna.

—Lisez maintenant, poursuivit la duchesse, lisez la déclaration du gentilhomme à son lit de mort, et toutes les preuves qu'il fournit, et, à l'appui de ces preuves, le témoignage du prêtre auquel il avait confié le terrible secret. Lisez et confrontez!… Ne craignez rien… Pénétrez-vous de la conviction sacrée!

—En effet, murmurèrent des voix auxquelles d'autres faisaient écho; en effet, les preuves sont éclatantes, irrécusables.

—Et, les ayant vérifiées, contrôlées, vous n'hésiterez plus à dire comme moi: Miracle!

—Miracle! s'écrièrent les fanatiques, dont le principal but était de renouer la guerre civile.

—Ainsi, seigneurs, ainsi messieurs, vous sentez pourquoi le roi d'Espagne, pourquoi l'illustre maison de Lorraine se sont désistés de leur prétentions, en face des droits acquis d'un Valois.

—Vive Valois! cria l'assemblée.