—Nous aurons le temps de causer un peu avant qu'elle ne s'éveille.
—Mais pourquoi quitte-t-elle le roi?
—Oh! vous le savez mieux que personne, vous qui êtes involontairement la cause de cette rupture.
—Bien involontairement, monsieur, s'écria Zamet comme s'il eût redouté qu'on n'entendît l'accusation des étages supérieurs. En conscience, je ne suis pas responsable de ce que fait le roi.
—Eh! ne vous en défendez pas tant, monsieur Zamet. Ce ne serait pas un si grand mal que le roi sût et pût se distraire.
Rosny, après avoir lancé ces paroles, regarda obliquement Zamet pour en apprécier l'effet. Mais Zamet était Italien, c'est-à-dire rusé. Il ne laissait pas lire sur son visage à première vue.
—Certes, continua Rosny, la marquise est une charmante femme, la meilleure des femmes. Jamais le roi ne saurait trouver une plus raisonnable maîtresse. Elle ne fait pas trop de dépenses, elle n'a pas trop de morgue ni d'ambition….
—Voilà bien des qualités, monsieur.
—Eh mordieu! j'aimerais mieux qu'elle en eût moins, j'aimerais mieux que le roi eût affaire à quelque diable incarné qui se ferait maudire trois ou quatre fois par jour. Le roi s'attache trop facilement, voyez-vous, et il lui faudrait des cahots, des tempêtes dans le ménage. Est-ce que vous ne connaîtriez pas cela, monsieur Zamet, un diable féminin assez joli pour que notre cher sire s'en laissât charmer d'abord, assez méchant pour qu'il le chassât ensuite, cela nous rendrait service?
—Mais, monsieur de Rosny, si le roi est féru d'amour pour la marquise de
Monceaux….