—Voilà la marquise qui appelle ses gens. Je vous quitte, monsieur Zamet. Eh bien! à demain soir, le prêt, en attendant tous ces intérêts que vous savez.
—Bien, monsieur.
—N'oubliez pas mon horoscope. Au revoir!
En disant ces mots, Sully, qui avait serré la main à Zamet d'un air significatif, se fit annoncer chez la marquise de Monceaux.
Il était temps. Gabrielle, levée depuis le jour et habillée, avait déjà commencé ses préparatifs, et, sans être vue, derrière les rideaux, guettait le ministre absorbé par son entretien avec Zamet.
Lorsqu'il entra chez elle, tout était fini. Gabrielle donnait ses ordres pour qu'on attelât les mules.
Le ministre après avoir exprimé ses regrets et son étonnement par quelques mots de politesse, expliqua la commission qu'il avait reçue du roi, et plaida la cause de son maître, mais ce fut bien languissamment et son éloquence tant vantée ne fit pas de frais ce jour-là.
Gabrielle, radieuse d'une beauté mélancolique, ne cessa, pendant que Sully parlait, de caresser et d'embrasser son fils. Puis, après le discours du ministre:
—Je me sépare du roi, dit-elle, l'aimant toujours d'une très-tendre amitié. C'est pour son bonheur que je le quitte; peut-être si je le voulais, pourrais-je rester encore, mais le roi a besoin d'être libre et tout le monde désire sa liberté et me reprocherait son esclavage. Je supporterais avec peine qu'on me congédiât plus tard, c'est pourtant ce qui ne manquerait pas de m'arriver; j'aime mieux prendre les devants. Êtes-vous de ceux qui me diront que j'ai tort?
Sully était net lorsqu'il le voulait bien. Les harangueurs le trouvaient harangueur et demi; mais, avec les gens d'exécution, il se montrait laconique comme au bon temps de Lacédémone.