—Pourquoi le tuer? dit Henriette. Il m'aime, vous ai-je dit, et vous voyant uni à nous… Tenez, monsieur, daignerez-vous me permettre, à moi, pauvre esprit indigne, de vous faire part d'une idée?

—Parlez! parlez! Votre idée doit être bonne! Sachez que je professe dès aujourd'hui la plus grande estime pour vos lumières!

—Voyons votre idée, mademoiselle, dit M. d'Entragues.

—J'oserais proposer, messieurs, qu'au lieu de menacer M. la Ramée quand il viendra, on le reçût poliment; qu'au lieu de le désespérer, on lui donnât de la confiance; qu'au lieu de le tuer, en un mot, on l'éloignât!

—C'est fort judicieux, dit aigrement Marie Touchet, mais comment l'éloigner? Est-ce un homme à se contenter de l'ombre?

—J'avais ouï dire, murmura Henriette que tout mariage fait par violence pouvait être annulé; or, si jamais violence fut manifeste, c'est dans cette occasion.

—Mais, ma chère demoiselle, si vous êtes une fois mariée, dit le comte avec un rire cynique, il n'y aura plus à s'en dédire.

Henriette rougissant:

—Le mariage à la chapelle satisferait M. la Ramée, dit-elle.

—Bah! répondit le comte riant de plus en plus, ce n'est pas cela qu'il faut à votre homme. Du diable si je m'en contenterais, moi! Non, ce n'est pas tout cela qu'il faut faire.