—Écoutons! dit M. d'Entragues avec empressement.

—Vous dites qu'il viendra vous chercher, reprit le jeune homme. Je l'admets. Ne paraissons ni M. d'Entragues ni moi. Soyez toutes les deux, seules; ayez l'air de l'attendre et d'être préparées.

—Bien, murmurèrent les trois auditeurs.

—Je vais vous envoyer quatre de mes gardes qui happeront le drôle….

—Permettez que je vous interrompe, dit Marie Touchet. Il a, lui, des agents cachés autour de la maison, des espions qui guettent chacune de nos démarches. Ils verront entrer vos gardes et empêcheront la Ramée de paraître, ou, s'il vient, il y aura lutte, et une lutte, c'est du bruit, c'est une chance qui peut être défavorable.

—J'enverrai vingt, trente gardes, cinquante, s'il le faut, qui n'entreront qu'au moment où la Ramée sera monté ici, et contre lesquels il n'y aura pas de résistance possible. Laissez-moi achever. Il essayera de faire du scandale, et il révélera, il accusera. Nous verrons alors. Ce la Ramée est un protégé de Mme de Montpensier, disiez-vous, nous irons trouver Mme de Montpensier. On s'expliquera, mais on n'épousera pas.

—J'ai un moyen meilleur, dit Marie Touchet.

—Voyons.

—Les espions de la Ramée sont dans la rue. Ils ne sont que dans la rue. Faisons ouvrir dans le mur qui nous sépare du bâtiment voisin une brèche par où M. d'Auvergne fera entrer ses hommes. La Ramée est trop amoureux pour ne pas craindre la mort, ou pour ne pas se rattacher à la vie si on lui laisse quelque espoir de posséder Henriette. Les gardes de M. d'Auvergne occuperont notre maison par ce passage secret. Ils saisiront la Ramée lorsqu'il se présentera. Celui-ci se verra tout à coup en face de la mort, d'une mort stérile, et capitulera peut-être, ou tout au moins nous fera gagner du temps.

—Et puis, s'il faut qu'on le tue, dit M. d'Entragues, on le tuera; car, je le répète, lui mort, toutes ses révélations perdront la moitié de leur valeur.