Espérance, abasourdi malgré sa fermeté habituelle, ne trouva plus rien à demander ou à objecter. Son geôlier vint le prendre et le conduisit dans une sorte de chambre carrée, noire, sale, et meublée de quelques débris honteux, échappés à la fureur des Bourguignons, lorsqu'en 1418 ils égorgèrent les prisonniers du Petit-Châtelet.

Le geôlier tenait à la main une lampe dont la fumeuse clarté avait seule permis à Espérance de distinguer ces affreux détails. Mais quand il eut emporté avec lui cette pauvre lumière, le jeune homme se trouva plongé dans la plus horrible obscurité. Il frappa aussitôt à la porte pour rappeler le geôlier qui s'éloignait. Celui-ci revint.

—Pardon, mon ami, dit Espérance, vous oubliez de me laisser la lampe.

—Si c'est pour cela que vous me rappelez, mon jeune seigneur, répliqua le geôlier, c'était bien inutile. On n'a pas de lampe en prison; une lampe c'est du feu.

—Excusez-moi; c'est que je voulais écrire, et pour cela il faut voir clair.

—Écrire! Est-ce qu'on écrit ici?

—Eh bien! mon ami, répliqua tranquillement Espérance, s'il est défendu d'écrire, je n'écrirai pas. Mais il ne vous est pas défendu à vous de me rendre service, un service bien simple et qui sera bien payé.

—Cela dépend, monsieur. De quoi s'agit-il?

—D'aller trouver M. de Crillon.

—Le brave Crillon? s'écria le geôlier.