Gabrielle fit le récit de l'assassinat et des troubles qui l'avaient suivi. Elle glissa sur le prétendant, sur le faux Valois, tout au plus quelques mots. Ce n'était là que de la politique, et Gabrielle semblait chercher un sujet de conversation.

—Eh bien! dit Espérance en remuant tristement sa tête, voilà comment, soit qu'on habite une prison, soit qu'on parcoure des pays lointains, on vit, le temps passe et change tout sans que nous le sachions, fortunes, existences, affections.

Il étouffa un soupir, et prenant un visage indifférent:

—Enfin, madame, continua-t-il, bénissons le ciel, le roi est sauf, et vous êtes plus heureuse et plus belle que jamais.

Elle ne répondit pas. Elle avait penché sa tête charmante. D'un bras elle s'appuyait au dossier de la grande chaise; l'autre retombait languissant.

—Vous venez de prononcer, reprit-elle, des paroles que j'ai trouvées amères.

—Moi, madame!

—Oui, le sens ne m'en a pas échappé. Vous venez de dire que, dans l'absence, les coeurs sur lesquels on comptait sont changés.

—L'ai-je dit?

—Je l'ai entendu. Ce n'est pas à moi, je suppose, que ce reproche s'adresse?