—J'ignore absolument, madame, dit Espérance, de quelle faute vous voulez parler.
—Mettez-y de la discrétion, monsieur, je mérite cette réserve, mais n'exagérez pas, je vous prie, car sans méchanceté vous blesseriez un coeur, ami malgré tout ce que vous pouvez croire.
—Je ne crois rien, je vous jure.
—Oh! vos yeux parlent un langage contraire. Je sais combien ces yeux disent franchement votre pensée…. Vous m'en voulez. Je vous assure cependant qu'en répondant au roi, j'ignorais que vous fussiez établi dans cette maison de la rue de la Cerisaie; j'ignorais plus: j'ignorais même votre retour à Paris, et, à propos de ce retour, je pourrais parler aussi de votre départ, départ étrange, brusque, mystérieux; mais ce sont des affaires qui ne regardent que vous, monsieur, ainsi, je n'insisterai pas.
—Mon Dieu! madame, s'écria Espérance, je proteste devant vous que je ne comprends pas un mot à ce que vous me faites l'honneur de me dire. Vous daignez vous accuser de torts que je n'eusse jamais songé à vous reprocher. Ces torts, je vous demanderai même de vouloir bien me les expliquer, si toutefois ils existent.
—Mais, dit Gabrielle embarrassée, car elle croyait encore cette ignorance affectée, je veux parler de votre arrestation.
—Elle n'est pas votre fait, je suppose, le roi aura eu des motifs que je ne connais pas, mais qui doivent vous être absolument étrangers.
Gabrielle raconta au jeune homme le malentendu qui avait irrité le roi et l'avait poussé à la vengeance. Elle s'accusa de n'avoir pas éclairci ce quiproquo, source de la désagréable aventure d'Espérance.
—Mais, ajouta-t-elle, à partir du moment où votre nom a été prononcé, où j'ai su que vous étiez celui à qui le roi avait parlé, celui que la colère royale avait injustement frappé, oh! à partir de ce moment je n'ai plus rien à me reprocher, pas même un retard. En effet, je fusse venue plus tôt sans l'horrible événement qui a failli enlever le roi à son État.
—J'ignore même cet événement, dit Espérance, un prisonnier ignore tout.