—Mais je ne vois pas trop pourquoi tout ce récit vous est venu à propos de combats, demanda Espérance au chevalier.

—Voici: c'est que Sa Majesté est capable de vous offrir une compagnie en quelque régiment. Il pousse fort à la culture des officiers, notre grand monarque, et s'il les trouve beaux, braves, riches, il s'en empare. Avis à vous, vous voila prévenu.

—Je le défie bien de m'éblouir, dit Espérance.

—Oh! ne dites pas cela; il est séduisant quand il veut affiler sa langue. Je me souviens que cent fois il nous faisait faire, à nous ses amis, des tours de force avec un seul mot prononcé d'une certaine façon. S'il vous offre une compagnie, vous voilà enrôlé.

—Pas encore, dit Espérance en souriant, d'ailleurs, il n'est pas là pour m'offrir.

—Il n'est pas là, non; mais vous serez bientôt au Louvre, et le moyen de refuser? Oui, vous serez au Louvre. Sa Majesté m'a commandé de vous amener le plus tôt possible, et ce sera aujourd'hui même, s'il vous plaît.

—J'irai donc, dit Espérance avec une secrète joie de rencontrer sitôt une occasion de revoir Gabrielle.

—Quelle chance! si l'on offrait quelque chose à Espérance dans les gardes, dit Pontis, et si j'étais désormais sous ses ordres; le doux service, les beaux congés que j'aurais! quelles aubaines, et qu'on se donnerait de bon temps!

—Là, là, là! dit Crillon, paresseux que tu es; ne prévoyons pas de si loin. Si Espérance entre aux gardes, il sera d'abord sous mes ordres, et je lui défendrai absolument de gâter un drôle comme toi: ta gangrène est déjà bien assez profonde.

—Eh! mais notre palais, il le faudrait donc abandonner? Et nos cuisiniers, et notre cave, et toutes les douceurs de la vie, sambioux! Espérance, pas de faiblesse, au moins; n'accepte pas les honneurs à la place du bonheur! Comment irais-je, si vous étiez mon chef, dans le carrosse de mon chef? Comment dirais-je: toi à celui qui pourrait me mettre aux arrêts? Pas de faiblesse! Espérance.