—Ne crains rien, repartit celui-ci avec un sourire, je me garderai comme du feu de ces tentations d'orgueil. Les honneurs! ah bien oui. Ceci est du foin pour les gens heureux.
—Du vrai foin, répéta Pontis, foenum, en latin.
—Voilà de plaisants philosophes! s'écria le chevalier.
—Désintéressés, monseigneur, comme Aristides et Curius.
—Marauds! quand vous ne serez plus jeunes, quand vous perdrez vos cheveux ou ne les pourrez plus perdre, ainsi des dents, quand vous ne ferez plus baisser les yeux à une seule femme, vous verrez si l'ambition ne vous pousse pas. Que faire! dans cette vie, sans cheveux, sans dents et sans amour, si l'on n'avait pas les glorioles et les sonnettes de l'ambition? D'ailleurs je ne sais pas pourquoi ce Pontis parle toujours pour deux. Tu es gueux, cadet, tu es râpé, raflé; tu as pour perspective un lit gratis sur quelque champ de bataille, un de ces lits d'où l'on ne se relève pas, à moins que tu n'ailles retrouver la paille d'avoine de ton castel en poudre. Espérance, au contraire, est riche, reluisant et renté; il a tout ce que tu as et tout ce que tu n'as pas. Parle pour toi seul, cadet.
—Mais non, interrompit Espérance, Pontis, au contraire, a tout ce que j'ai.
—C'est juste, dit le garde.
—Allons donc! aura-t-il l'héritière qui tôt ou tard sera trop heureuse d'épouser Espérance?
—Tard! dit Espérance en riant de si bon coeur, que Pontis fit chorus, et que le chevalier, forcé de les imiter, s'écria:
—Je ne sais ce qu'il y a aujourd'hui dans les yeux du seigneur Espérance, mais on dirait de la flamme vive.