—Je n'ai pas d'amours, s'écria vivement Espérance.

—Il est indispensable de le prouver à cette femme, Speranza, car, je me connais en physionomies, et celle que nous venons de voir était bien menaçante pour votre repos. Comment m'autoriserez-vous à prouver à Henriette qu'elle s'est trompée? Vous hésitez? Voulez-vous que je vienne à votre aide, ajouta l'Italienne, avec un de ces sourires dont rien ne peut rendre l'expression, je crois avoir trouvé une idée.

—Je le veux bien.

—C'est le service que je me proposai de vous rendre sitôt que je vous eus reconnu.

—J'accepte.

—Il n'est qu'un moyen. Aimez quelqu'un en effet, et je dirai à la signora le nom de cette personne, et je lui prouverai… que je ne mens pas. Voyons, est-ce qu'il vous est bien difficile, Speranza, de trouver un nom à dire. Il y a bien des femmes ici. Je les regardais tout à l'heure, et beaucoup sont belles. Si vous vouliez choisir…

Elle parlait ainsi le sein haletant.

—Peut-être, continua-t-elle d'une voix à peine intelligible tant l'émotion l'oppressait, peut-être n'avez-vous pas besoin de chercher bien loin, car vous devez savoir que Dieu vous a créé de telle sorte qu'au lieu de respirer comme les autres hommes et d'exhaler seulement un souffle, vous exhalez le feu d'amour; vous avez le charme, comme on dit chez nous. Quiconque vous voit s'échauffe, quiconque vous touche, brûle.

En disant ces mots, elle frissonnait, et son âme tout entière avait passé dans son regard et dans sa voix.

—Le danger est grand, pensa Espérance, pour moi et pour Gabrielle; voilà deux femmes liguées contre moi: l'une est ma mortelle ennemie l'autre m'aime. Avec celle-ci je détruirais toute l'influence de celle-là; si je voulais, j'assurerais mon secret, que dis-je, je perdrais Henriette. Que faut-il pour faire de Leonora une alliée invincible? un serrement de main, un baiser, une promesse; sur mille hommes pas un n'hésiterait, et chacun d'eux croirait avoir agi en galant homme.