—Et Pontis? demanda-t-il à l'intendant, s'est-il bien diverti?
—Oh! oui, monseigneur; je le crois du moins.
—Où s'est-il retiré? chez lui, ou bien au quartier des gardes?
—Non, monseigneur, non, pas si loin. Ici tout près, au contraire.
Espérance chercha des yeux dans la salle. L'intendant, souriant d'un air narquois, souleva l'un des coins de la nappe, sous laquelle Espérance aperçut deux pieds qu'à leur parure extravagante de bouffettes d'un rouge feu, il reconnut pour ceux de son ami.
Sans pouvoir réprimer un éclat de rire, il tira à lui ces deux pieds et amena ainsi le corps qui essayait de se révolter et maugréait des imprécations contre les perturbateurs de son repos.
Espérance redressa l'ivrogne et l'assit après l'avoir tancé vertement.
Pontis ouvrit un oeil morne et balbutia quelques excuses.
Il avait, bégaya-t-il, essayé de faire le galant et le beau près des femmes. Il avait déployé toutes les séductions de son costume éblouissant; mais ni le velours nacarat, ni la soie cerise, ni l'orfèvrerie dont il s'était chamarré ne lui avaient rapporté un bénéfice honnête. Les dames, ce soir-là, n'avaient de regards et de sourires que pour le maître de la maison.
—J'ai eu beau dire que j'étais ton ami, continua Pontis, pas une ne m'a supporté pendant plus de deux minutes. Il est vrai que je danse mal; mais enfin je suis ton ami. Bref, me voyant éconduit sans aubaine ni espoir, j'ai recouru à la consolation infaillible.
—Tu as bu!