—Eh bien! suis-moi, nous allons prendre le drôle dans quelque coin, je lui dirai deux mots qu'il n'oubliera de sa vie.
Pontis, que les pourparlers impatientaient dans cette circonstance, où les coups lui paraissaient le seul dénoûment possible, haussa les épaules en grommelant une diatribe contre ces généreux absurdes qui sont l'éternelle pâture des lâches et des méchants.
Espérance lui prit le bras et commença de marcher avec lui vers la Ramée, dont les joues devenaient plus pâles à mesure que ses ennemis s'approchaient de lui.
Mais avant qu'ils se fussent joints, Henriette, qui avait compris sans l'entendre chaque nuance de ce dialogue, s'arracha des bras de sa mère et de Gabrielle. Elle courut à Espérance, lui saisit la main et l'entraîna, par un geste rapide comme la pensée, hors du berceau où l'intelligente Marie Touchet retint Gabrielle. Le champ demeura libre de cette façon à toutes les explications possibles.
Espérance essaya bien de résister, mais Henriette, cette fois encore, fut irrésistible. Pontis ne se sentit pas plus tôt libre, qu'il traversa le jardin à la course et disparut dans le rez-de-chaussée du couvent, en se disant avec une sombre ironie:
—J'ai mon idée, Espérance n'aura rien à dire et l'épée restera au fourreau!
Ce qu'il allait faire si vite et si loin, nous le verrons tout à l'heure. Il est certain que la Ramée ne s'en doutait pas, et qu'Espérance en le voyant fuir si vite ne s'en fut jamais douté non plus quand même son attention n'eût pas été absorbée tout entière par Henriette. Celle-ci, une fois hors de la portée des voix, arrêta Espérance, et le regardant avec des yeux noyés de larmes, qui n'étaient pas feintes:
—Pardon! s'écria-t-elle. Oh! pardon, monsieur, vous ne m'accusez point, n'est-ce pas de l'horrible aventure qui a failli vous coûter la vie.
—Je ne vous accuse, assurément, mademoiselle, dit Espérance d'un ton calme, ni de m'avoir assassiné vous-même, ni de m'avoir jeté sous le couteau.
—De quoi m'accuserez-vous alors?