—Mais il me semble que je ne vous ai rien dit, mademoiselle. Je suis en ce couvent pour me rétablir. Je ne vous y ai pas appelée; vous arrivez par hasard, vous me voyez, c'est tout simple, puisque j'y suis.
—Vivant! Oh! Dieu merci, ce remords va donc cesser d'empoisonner mes nuits.
—Enchanté, mademoiselle, d'avoir involontairement contribué à vous rendre le sommeil meilleur. Mais, puisque vous êtes rassurée, et que désormais vos nuits, comme vous dites, vont devenir charmantes, nous n'avons plus rien à nous raconter. Saluons-nous donc poliment. Pour ma part, je vous tire ma révérence.
Tenez, voilà madame votre mère qui regarde de ce côté comme si elle vous rappelait.
—Ma mère! ma mère! il s'agit bien de ma mère. Elle doit être trop heureuse que je réussisse près de vous! s'écria Henriette avec furie.
—Comme vous y allez! Une mère si sévère, aux yeux de qui vous vous compromettez à me parler!
Cette ironie fit bondir Henriette comme un coup d'éperon.
—Par grâce! dit-elle, ne m'épargnez point la colère, les reproches, l'insulte même, cela se pardonne chez un homme aussi cruellement offensé; mais le sarcasme, le mépris…oh! monsieur!
—Et pourquoi donc vous honorerais-je de ma colère? répliqua Espérance. Jalouse, un poignard à la main, vous m'eussiez troué la poitrine, bien, je vous redouterais, je ne vous mépriserais pas. Mais vous rappelez-vous cette femme, cette hyène, cette voleuse, qui s'est penchée sur mon cadavre? Vous l'avez peut-être oubliée, je m'en souviens toujours. Je ne veux, plus avoir rien de commun avec cette femme. Allez de votre côté, madame, laissez-moi vivre du mien.
—J'ai été lâche, j'ai été vile, j'ai eu peur.